21 avril - 26 mai 2007

FR/UK

Jean-Luc VERNA
- "Vous n'êtes pas un peu beaucoup maquillé ?"
- "Non."

Lorsque Nina Hagen en concert prend la pose de la Petite danseuse de quatorze ans de Degas ou que Siouxsie, jouant du tambourin, fait écho à celles des nymphes de la Fontaine des Innocents de Jean Goujon, c'est sans le savoir. Jean-Luc Verna visionne attentivement ces concerts et recherche dans les catalogues et revues d'art les gestes qui rapprochent ces deux univers.

Tout son travail relève d'une pratique du mixage qui se nourrit du passé des arts plastiques et d'un présent musical. Il traque des congruences entre les poses de l'histoire de l'art et de la scène rock, il les reprend et les interprète lui-même. Cette appropriation et cette incarnation constituent un travail de synthèse qui repose sur l'addition de deux images pour en créer une troisième dont il est auteur et acteur. La reprise et l'hommage aux maîtres du passé sont récurrents en arts plastiques comme en musique. Dans ce domaine, Jean-Luc Verna a d'ailleurs enregistré un disque où il réinterprète des chansons de ses idoles. Le travail fait pour les photographies n'échappe pas au remploi, procédé qu'il utilise pour ses dessins, toujours faits à partir de matrices dessinées, photocopiées dans des tailles variables, transférées sur différents supports, puis rehaussées de fards. En jeans noirs et Gettagrip montantes, torse nu et juché sur un empilement de caisses, il enchaîne une série des poses de l'histoire de l'art et du rock pour I apologize , spectacle chorégraphié par Gisèle Vienne. La mise en scène, la danse et sa gestuelle relient à bien des égards ses différentes activités artistiques.

En prenant comme sources des figures vraisemblablement esquissées d'après le modèle vivant, Jean-Luc Verna renvoie en quelque sorte à une étape préparatoire à l'oeuvre elle-même. Il s'agit d'un processus à rebours, d'une mise à nu pour s'approcher du corps du modèle comme de celui du chanteur. [...] Il retrace une généalogie prestigieuse, règles ses dettes, écrit sa propre histoire de l'art et du rock, déplace et réactive les personnages et leurs auteurs dans le champ de l'art contemporain. Il rend hommage en même temps qu'il crée un répertoire de poses possibles et des passerelles entre deux domaines artistiques et historiques différents. Comme pour ses dessins, il greffe deux théâtralités distinctes qu'il fait se rencontrer au-delà du temps en les incarnant. Cette fusion improbable prend corps par la photographie, médium qui a sa propre histoire. [...]

S'il est avant tout dessinateur, les photographies des poses de l'histoire de l'art et du rock de Jean-Luc Verna font partie du même ballet que les anges, les fantômes, les spectres ou les fées dont il chorégraphie aux murs solo, duos et trios. Ces images qui relèvent de l'érudition et de la culture populaire, de l'ancien et du moderne, constituent un monde fantastique forgé d'univers disparates mis en cohérence.

Claude-Hubert Tatot

Gilles BERQUET
ENVOIS DE LENOIR

Si tu ne laisses pas la porte ouverte au mensonge, la vérité ne pourra pas entrer non plus.

Qui est Lenoir ?

Si on part de l'envie de montrer la réalité comme un leurre, il n'est nullement nécessaire de la déformer pour qu'elle paraisse bien étrange en regard de ce que l'on attend d'elle. ENVOIS DE LENOIR se veut une énigme, une machine à stimuler la curiosité. Monsieur Lenoir n'est ni un savant fou ni un criminel psychopathe mais il est   volontiers les deux, et tout autre chose à la fois.

L'exposition mêle deux séries de photographies récentes qui n'ont à priori rien à voir entre elles sinon qu'elles posent chacune la question de ce qui est vrai ou faux. D'un côté une collection d'objets, photographiés le plus souvent sous cloches de verre, sur fond noir, à la chambre grand format. Inventaire paradoxal, cabinet de curiosités anatomiques ou de phénomènes électriques. Cela ressemble à des ampoules. Cela est vivant, artificiel, mort, en décomposition, ou complètement volatil. C'est une série piège. Dans l'une des ampoules il y a une tête de chien, de vrai chien, peut-être trop vrai... Dans une autre une grenouille assise en tailleur, figurine de latex tout droit sortie d'une production de Walt Disney (!) plus fausse que vraie... Les sujets photographiés sont tous ramenés à la même échelle, de sorte qu'il n'est pas possible d'en évaluer la taille réelle ou de les comparer.

La seconde série, un autre inventaire, celui de jeux pervers dont le moteur est le voyeurisme. A l'instar des "ampoules", la réalité est visiblement mise en scène afin d'en faire ressortir la part fictionnelle.

On pourrait penser que certaines de ces images sont "trafiquées" numériquement. C'est aujourd'hui monnaie courante, en particulier pour la représentation du corps (dans la mode autant que dans l'art), de retoucher les images afin de les rendre plus attrayantes (ou à l'inverse plus monstrueuses). Mettre en scène ne veut pas dire falsifier ; l'épreuve du jeu tient autant de l'exhibitionnisme de sa personne que de l'incongruité de la situation. C'est cette forme d'inconduite qui fait l'intérêt de ces images car leur projet est également de montrer l'attrait des corps au delà de l'érotisme commun qui n'intéresse plus personne à présent. 

                      Gilles Berquet



Jean-Luc VERNA
- "Vous n'êtes pas un peu beaucoup maquillé ?"
- "Non."

When Nina Hagen, in one of her concerts, took up the same pose as Degas's Little dancer aged 14 , and Siouxsie, playing the tambourine, adopted those of the nymphs in Jean Goujon's The Fountain of the Innocents, they were doing so unwittingly. Jean-Luc Verna studied these concerts attentively, and looked through catalogues and art reviews for gestures that were common to the two worlds.

All of Verna's work involves encounters between the art of the past and the music of the present. He tracks down congruences between poses from the history of art and the rock music world, and gives his own interpretation of them. In these appropriations -   these incarnations - he synthesises two images into a third, with himself as both author and actor. Remakes and tributes to established masters are recurrent both in the visual arts and in music. And Verna has also recorded songs by his idols, besides giving concerts in several art venues. Re-use comes into his photographs, but also his drawing, which are always based on different-sized photocopies of matrices transferred to a backing and enhanced with cosmetics. For I Apologize , choreographed by Gisèle Vienne, he struck a series of poses from the history of art and rock while perched on a pile of wooden cases, bare-chested but wearing black jeans and Getta Grip boots. The production, the dancing and the gestures fused his different artistic activities in a number of ways.

Taking as his source figures apparently sketched from life, Verna looks backwards, in a way, to a preliminary stage in the development of the work. This is a retrospective process, a stripping-away in order to approach the body of a model or a singer. [...] He traces out a prestigious genealogy, settles scores, writes his own history of art and rock music, displaces and reactivates characters and their authors in the field of contemporary art. He pays tribute, while at the same time creating a repertoire of possible poses, and builds bridges between different artistic and historical domains. As with the drawings, he welds together two distinct forms of theatricality by embodying them outside of time. This improbable fusion takes shape through photography, a medium which, of course, has a history of its own. [...]

Draughtsmanship is Verna's central interest, but his photographs of poses from the history of art and rock music are part of the same ballet as the angels, ghosts, spectres and fairies that he choreographs on walls, alone or in twos or threes. These images, which owe something to both erudition and popular culture - the old and the new - make up a fantastical galaxy of disparate worlds brought together in a state of coherence.

 

Gilles BERQUET
ENVOIS DE LENOIR

If you don't leave the door open for lies, the truth can't get in either.

Who is Lenoir?

If your basic idea is to reveal reality as an illusion, you don't have to distort it at all for it to end up looking pretty weird in terms of normal expectations. ENVOIS DE LENOIR/DISPATCHES FROM LENOIR is meant as an enigma, a machine for triggering curiosity. Monsieur Lenoir isn't a mad scientist or a criminal psychopath, but he readily behaves like both - and something else at the same time.

The exhibition brings together two series of recent photographs which basically have nothing in common except that each one raises the issue of what's true and what's false. First comes a collection of items, mostly photographed in bell jars against a black background, using a large-format view camera: a paradoxical inventory, a cabinet of anatomical and electrical curiosities that look like light bulbs, that are alive, artificial, dead, decomposing or totally volatile. This series is a trap. Inside one of the bulbs is the head of a dog, a real dog - too real maybe. Inside another is a frog sitting cross-legged, a latex figurine straight out of a more fake than real Walt Disney(!) production. The subjects are all shown on the same scale, which makes it impossible to assess their true size or to compare them.  

The second series is another inventory, this time of perverse, voyeuristic games. As with the "light bulbs", there's a visible mise en scène designed to foreground the fictional element.

Some of these images seem to have a "digitally doctored" look. It's standard practice these days, especially in the case of the body - in fashion as much as in art - to retouch images so as to make them more attractive (or, on the contrary, more monstrous. But mise en scène isn't necessarily falsification: the testing-out involved here has as much to do with personal exhibitionism as with the weirdness of the situation. It's this kind of misconduct that gives the images their interest, the intention being to demonstrate a physical attractiveness seen as existing beyond the clichéd eroticism that no longer interests anybody.

 

                      Gilles Berquet


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